| Intro pour le prix d'une vie -
Jamais je n’avais vu un père aussi fier de son fils que Richard Allan Senior, il y a presque trente ans. Imaginez … son fils Richard junior venait de terminer avec succès ses études de vétérinaire ! À cette époque-là, je travaillais avec Richard Allan Senior et ce dernier mentionnait à qui voulait l’entendre que son fils allait soigner nos animaux … Et c’est pourquoi Tipsy ma dalmatienne, mes chattes Chattone, Zouzou et Grigri, puis plus tard Loubo, mon lévrier irlandais se sont trouvé un «vétérinaire de famille». Bien entendu, cela s’est passé sur plusieurs années, jusqu’au jour où ayant déménagé, la clinique se trouvait trop loin pour y amener mes amis à quatre pattes. Pendant un certain temps donc, j’ai perdu Richard Allan m.v. de vue.
Il y a dix-neuf ans, je déménage à Carignan ! Et quelle n’est pas ma surprise d’apprendre par le journal local que Richard y habite aussi avec Gloria. J’en entends parler par le journal à cause d’un litige. Le conseil municipal de l’époque ne veut pas voir de … chimpanzés … sur ses terres agricoles ! Même si c’est pour une raison «humanitaire». Surtout pas des chimpanzés sur lesquels on a fait des expériences sur le VIH… Pensez-vous, la contagion pourrait se répandre en respirant le même air à des mètres et des mètres de distance… Des chimpanzés me suis-je dit, ils doivent se tromper. Des lamas, des chevaux, des chiens oui, mais que feraient des chimpanzés à Carignan. Et c’est alors que j’ai appris tous les efforts de Gloria et de Richard, toutes les démarches avec les divers paliers de gouvernements et tout le travail qu’ils avaient accompli pour créer un refuge pour quinze primates «à la retraite» d’expériences de laboratoires.
Comme résidante de Carignan, je militais déjà à l’époque en faveur de la protection de l’environnement afin d’empêcher la création d’un site d’enfouissement dans notre ville champêtre. Gros dossier qui m’a fait m’intéresser à la politique municipale. Voir les ennuis causés à Gloria et Richard par rapport à leur sanctuaire m’a donné la dernière petite poussée qu’il me fallait pour me présenter aux élections municipales, gagner et aplanir le plus possible les difficultés de ce dossier.
Une «maison de retraite» pour chimpanzés à Carignan, c’est quelque chose d’extraordinaire. D’autant plus lorsque l’on sait que les pensionnaires de Gloria et Richard ont subi tous les traitements inimaginables et horribles en laboratoire, cirques et autres avant d’arriver ici. De quoi donner des frissons d’horreur, de se demander comment il est possible que des «soi-disant humains» traitent des êtres vivants si proches et si semblables à nous-mêmes. Pour mieux me documenter sur le sujet j’ai regardé des documentaires sur les expériences subies par ces primates et cela m’a déchiré le cœur. J’avais l’impression que c’était à moi que l’on avait fait de telles horreurs.
Or il y a trois ou quatre ans, la Fondation des arts et de la culture de Chambly-Carignan lançait un concours littéraire devant porter sur une histoire authentique de la région, une nouvelle historique ou même une fiction. Étant passionnée d’écriture j’ai décidé de tenter ma chance. Mais que pourrais-je écrire ? Écrire sur un sujet historique … la ville de Carignan est un berceau d’histoire pour le Québec … beaucoup de sujets disponibles mais probablement qu’une majorité de participants au concours allaient y puiser leur inspiration. Une fiction, non… pas mon genre. Mais qu’avons-nous d’unique et d’extraordinaire à Carignan. La Fondation Fauna et ses chimpanzés bien entendu. Me voilà donc décidée d’écrire sur le sujet. Il fallait que cela soit réel, émouvant, inattendu ? Je me suis replongée dans le sentiment de désarroi dans lequel je me suis trouvée en regardant à la télévision les expériences de laboratoire effectuées sur nos amis primates. Je me suis mise à être l’un d’eux, à ressentir la terreur par laquelle ils avaient passé, leur douleur, leur incompréhension. Et j’ai pensé à Tom ! C’est comme cela que la nouvelle intitulée «Le prix d’une vie» est née.
Je ne m’attendais vraiment pas à gagner. C’était ma toute première participation à un concours littéraire. C’était «juste pour voir». Lors de la soirée littéraire au cours de laquelle le nom des gagnants étaient dévoilés, tous les participants qui le pouvaient devaient être présents. Les organisateurs du concours m’avaient téléphoné pour insister que je sois là. Se pouvait-il que j’aie une petite chance … J’ai mentionné cela à Gloria et Richard. Je leur ai dit que peut-être je pourrais avoir un prix … le troisième m’aurait ravie. Également en tant que conseillère municipale il me fallait représenter la ville à cet événement.
Cette soirée littéraire était des plus réussie. Gloria, Richard et sa mère y assistaient. Voilà qu’on dévoile le troisième prix. Ce n’est pas moi. Je me dis «cela se pourrait-il que j’aie la chance de gagner le deuxième prix ?» On dévoile le nom du gagnant du deuxième prix. Ce n’est toujours pas moi. Je me dis alors «mon chien est mort, ce sera pour l’année prochaine». Un peu déçue bien entendu car un auteur ou un participant à un concours a toujours un petit espoir de gagner. Voilà cependant que je gagne le premier prix ! Incroyable mais si réjouissant. Le Dieu des animaux était avec moi. Il a voulu que beaucoup de lecteurs puissent connaître le sort terrible que l’on fait subir à nos amies les bêtes. J’espère donc qu’après avoir lu «Le prix d’une vie» votre vision de la vie animale soit différente, encore plus compatissante. Donnez un câlin spécial à votre chien, à votre chat. Dîtes-leur que vous les aimez même s’ils ne peuvent vous répondre. Ils ressentiront votre amour.
Marguerite Roussel |